Mauritanie : pénurie de poisson et pression industrielle sur le marché local
La Mauritanie connaît une pénurie de poisson sur ses marchés, notamment à Nouakchott, en dépit de ses 700 kilomètres de façade maritime et de ressources halieutiques parmi les plus riches au monde. Détaillants et consommateurs pointent la responsabilité des industries de transformation, accusées de capter l’essentiel des prises issues de la pêche industrielle et artisanale.
Selon les acteurs du marché, une seule usine peut absorber plusieurs tonnes de poissons nobles comme la daurade, laissant aux revendeurs de faibles quantités, vendues à des prix élevés. Cette situation s’explique en partie par le poids stratégique de la Mauritanie dans l’approvisionnement du marché européen : le pays produit plus de 110.000 tonnes de farine de poisson par an, dont 18 % sont exportées vers l’Union européenne, ainsi qu’environ 35.000 tonnes d’huile de poisson, dont plus de 70 % sont destinées à l’UE.
La reprise de la pêche au poulpe depuis le 15 décembre accentue également la pression sur la disponibilité du poisson, cette activité mobilisant une part importante des pêcheurs. Résultat : une flambée des prix. La sardinelle est passée de 2 à 30 ouguiyas le kilogramme, tandis que le kibaru est passé de 60 à 180 ouguiyas, certaines espèces atteignant jusqu’à 200 ouguiyas/kg.
Sur le plan social, cette pénurie affecte directement la sécurité alimentaire des ménages urbains. Toutefois, une évolution positive est signalée : le nombre d’usines de farine de poisson est passé d’environ 50 à une dizaine ces dernières années. À moyen terme, cette réduction pourrait atténuer la pression industrielle, à condition d’un encadrement public renforcé du secteur halieutique.
Avec les informations de CRIDEM