Sahel : les régimes militaires de l’AES face à l’étouffement des libertés
Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel, Burkina Faso, Mali et Niger, la situation des libertés publiques continue de se dégrader depuis les prises de pouvoir militaires. Dans une interview accordée à la Deutsche Welle, la militante burkinabè des droits humains Binta Sidibe-Gascon affirme que les voix critiques sont soit réduites au silence, soit contraintes à l’autocensure, dans un contexte marqué par la répression et l’absence de dialogue avec les autorités.
Présidente de l’ONG Observatoire Kisal et membre de la Coalition citoyenne pour le Sahel, elle décrit un espace civique « inexistant », notamment au Burkina Faso. Toute critique du régime peut entraîner, selon elle, des arrestations, des enlèvements ou des envois forcés au front. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré est accusé d’avoir substitué la promesse de sécurité à une gouvernance autoritaire, avec un recul notable des droits civiques et humains, incluant le retour de la peine de mort.
Binta Sidibe-Gascon met également en garde contre la normalisation progressive des relations entre les pays de l’AES et certains partenaires internationaux, notamment les États-Unis et l’Union européenne. Elle estime qu’accepter des régimes marqués par la répression constitue une « grave erreur ».
Selon elle, les populations sahéliennes sont davantage prises en otage que réellement acquises aux juntes militaires, dans un contexte de propagande et d’absence d’alternatives politiques crédibles. La solution, affirme-t-elle, viendra des communautés locales, avec un rôle central pour la jeunesse et les femmes, dans un nouveau cycle politique à construire au-delà des modèles démocratiques jugés inadaptés.
Avec les informations de Deutsche Welle